Création d'entreprise

Les différences entre SASU et EURL pour choisir le bon régime

SASU ou EURL ? Même chiffre d'affaires, mais jusqu'à 400 € d'écart par mois sur votre rémunération. Découvrez où se cachent les vrais écarts (cotisations, dividendes, fiscalité) avant de choisir.

Les différences entre SASU et EURL pour choisir le bon régime

Un client m'a appelé il y a quelques semaines, paniqué. Il avait créé une SASU sur les conseils d'un ami "qui s'y connaît", et il découvrait sa première fiche de paie de président : sur 3 000 € de rémunération brute, il lui restait à peu près 1 700 € net. En EURL, il aurait touché autour de 2 100 €. Même travail, même chiffre d'affaires, 400 € d'écart chaque mois. Voilà pourquoi la question SASU ou EURL mérite mieux qu'un article réchauffé.

Je ne vais pas vous vendre l'une ou l'autre. Je vais vous montrer où se cachent les vrais écarts, parce que c'est là que la décision se joue. La différence entre SASU et EURL n'est pas une question de statut juridique : c'est une question de cotisations, de dividendes et de ce que vous voulez faire de votre entreprise dans cinq ans.

Points clés à retenir

  • En SASU, le président est assimilé salarié : cotisations lourdes, mais protection sociale alignée sur le régime général.
  • En EURL, le gérant est travailleur non salarié (TNS) : cotisations plus basses, protection plus mince.
  • Les dividendes en EURL sont soumis à cotisations au-delà de 10 % du capital social. En SASU, non.
  • L'EURL est à l'IR par défaut, la SASU à l'IS par défaut. Ce détail change tout la première année.
  • La SASU est la seule des deux à permettre de cumuler salariat et présidence tout en gardant ses droits au chômage.

SASU ou EURL : la vraie différence se joue sur vos cotisations

Bon, commençons par le nerf de la guerre. Quand vous êtes président de SASU, vous êtes rattaché au régime général comme un salarié. Quand vous êtes gérant majoritaire d'EURL, vous êtes TNS, travailleur non salarié.

Sur le papier, ça ne veut rien dire. Dans votre poche, ça change beaucoup.

Un ordre de grandeur : pour obtenir 1 000 € net en poche, un président de SASU doit sortir environ 1 800 € de sa société. Un gérant d'EURL, à peu près 1 450 €. L'écart vient des cotisations, qui pèsent autour de 75-80 % du net en SASU contre 43-48 % en EURL, selon votre situation familiale et vos revenus.

Ce que vous payez en plus en SASU, vous le récupérez ailleurs

Avouons-le, l'écart est violent. Sauf que cet argent ne part pas dans un trou. Il finance une protection que l'EURL n'offre pas au même niveau :

  • Indemnités journalières en cas d'arrêt maladie bien plus généreuses
  • Retraite calculée sur le régime général, avec des points qui pèsent plus lourd
  • Chômage : c'est le gros point. Un président de SASU qui perd son mandat peut prétendre à l'ARE s'il remplit les conditions, notamment s'il a cotisé avant. Un gérant d'EURL, non.
  • Prévoyance, mutuelle, tout ce qui passe par la convention collective : plus simple à structurer.

Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête. J'ai vu un indépendant qui avait tout misé sur la SASU pour cette raison précise. Il avait cotisé au chômage pendant dix ans avant de créer sa structure. Quand il a arrêté, il a pu toucher l'ARE pendant plusieurs mois pendant qu'il montait un nouveau projet. En EURL, il aurait eu zéro. Sur un an de transition, ça représente une différence à cinq chiffres.

Dividendes : le point de bascule qu'on oublie trop souvent

Beaucoup de gens comparent SASU et EURL sur la seule rémunération. Erreur. Le vrai arbitrage se joue sur les dividendes.

Dividendes : le point de bascule qu'on oublie trop souvent

En EURL, la frontière des 10 % du capital

En EURL, vos dividendes échappent aux cotisations tant qu'ils restent sous 10 % du capital social (augmenté des primes d'émission et des sommes versées en compte courant). Au-delà, ils entrent dans l'assiette sociale de la TNS.

Concrètement, si votre EURL a un capital de 1 000 €, vous pouvez vous verser 100 € de dividendes sans cotisations. Au-delà, ça frotte. La plupart des créateurs mettent un capital symbolique et se font piéger.

En SASU, les dividendes ne cotisent pas, mais ils sont taxés

En SASU, les dividendes ne sont pas soumis aux cotisations sociales. Ils sont taxés : soit au barème de l'impôt sur le revenu après abattement de 40 %, soit à la flat tax, autour de 31,4 % aujourd'hui. Selon votre tranche marginale, l'un ou l'autre peut être plus intéressant.

Critère EURL SASU
Régime social du dirigeant TNS (Sécurité sociale des indépendants) Assimilé salarié (régime général)
Cotisations sur rémunération ≈ 43-48 % du net ≈ 75-80 % du net
Dividendes et cotisations Cotisations au-delà de 10 % du capital Aucune cotisation sociale
Fiscalité par défaut IR IS
Droits au chômage Non Oui, sous conditions
Passage en société avec associés Possible en transformant Naturel (SAS)
Capital minimum Libre Libre

Ce tableau est volontairement simplifié. Les taux réels bougent, dépendent de votre situation, de la nouvelle assiette sociale des TNS et du durcissement progressif de l'ACRE. Ne prenez jamais un tableau pour une simulation. Faites-en une.

Je vous montre le calcul avec un exemple qui parle

Prenons un cas type. Célibataire, pas d'enfant, pas de revenus extérieurs, 100 000 € de bénéfice dans la structure. Objectif : se verser 40 000 € de rémunération et 30 000 € de dividendes.

Je vous montre le calcul avec un exemple qui parle

Scénario EURL

Sur 40 000 € de rémunération, les cotisations TNS tournent autour de 17 000 €. Reste environ 23 000 € brut fiscal. Après impôt sur le revenu, disons autour de 19 500 € net.

Les 30 000 € de dividendes : la partie au-delà des 10 % du capital entre dans l'assiette sociale. Si le capital est symbolique (1 000 €), presque tout est assujetti. Les cotisations TNS sur dividendes représentent environ 40-45 % de la somme. Sur 30 000 €, ça peut vouloir dire 12 000-13 000 € de cotisations. Reste 17 000 € avant IR, autour de 15 000 € après.

Total net : à peu près 34 500 €.

Scénario SASU

Sur 40 000 € de rémunération, cotisations autour de 24 000 €. Reste 16 000 € brut fiscal, soit environ 13 000 € net après IR.

Les 30 000 € de dividendes : pas de cotisation. Flat tax à 31,4 %, reste 20 580 €.

Total net : à peu près 33 600 €.

Le match est serré. En EURL, vous gagnez un peu sur la rémunération, vous perdez sur les dividendes massifs. En SASU, l'inverse. Et si vous baissez la rémunération et montez les dividendes, l'écart s'inverse. Voilà pourquoi je m'énerve quand on me demande "c'est quoi le mieux ?". Il n'y a pas de mieux. Il y a votre situation, à un moment donné, avec des objectifs précis.

Les angles morts que personne ne vous dit

Peut-on cumuler les deux ?

Oui, c'est possible d'être gérant d'EURL dans une structure et président de SASU dans une autre, ou même salarié quelque part. Mais le cumul est surveillé. La Sécurité sociale des indépendants, l'URSSAF et le régime général se coordonnent. Si vous cumulez deux activités non salariées, vous cotisez dans les deux et vous pouvez demander une régularisation. Rien d'automatique, tout à déclarer. Beaucoup de créateurs se plantent là-dessus et reçoivent un redressement deux ans plus tard.

Et la SASU ou EURL pour un auto-entrepreneur qui monterait en gamme ?

Le passage de la micro-entreprise à la SASU ou à l'EURL se déclenche en général quand vous dépassez les seuils de chiffre d'affaires ou quand vous voulez récupérer la TVA. La SASU attire ceux qui veulent se verser des dividendes propres. L'EURL attire ceux qui veulent optimiser la rémunération. Si votre activité est du conseil pur avec peu de charges, l'EURL reste souvent plus rentable à court terme. Si vous prévoyez d'entrer au capital d'investisseurs, la SASU est la voie logique.

Le faux argument de la souplesse juridique

On lit partout que la SASU est plus souple. C'est vrai pour les statuts, l'entrée d'associés, les clauses. C'est faux pour le quotidien. Un gérant d'EURL prend ses décisions seul, sans formalisme particulier. Un président de SASU, même seul, doit respecter des règles de convocation, de procès-verbaux, de dépôt de comptes. Si vous détestez la paperasse, ça compte. J'ai vu des gens payer 1 500 € par an à un expert-comptable juste pour maintenir la conformité d'une SASU unipersonnelle. En EURL, le même expert m'a facturé moitié moins pour un profil comparable.

Alors, comment trancher pour de bon ?

Posez-vous trois questions, dans cet ordre :

  1. Vous voulez toucher le chômage si ça tourne mal ? SASU, sans hésiter.
  2. Vous prévoyez de vous verser des dividendes importants chaque année et un capital social ridicule ? EURL, mais calculez avec précaution, la fiscalité des dividendes TNS pique.
  3. Vous voulez entrer des investisseurs ou des associés dans les trois ans ? SASU, et ne perdez pas de temps.

Et une quatrième, que personne ne pose jamais : êtes-vous prêt à payer pour la sécurité sociale que vous n'utiliserez peut-être jamais ? Parce que c'est vraiment ça, le choix. L'EURL vous laisse plus d'argent sur la table aujourd'hui, en échange d'un filet de sécurité plus fin. La SASU vous coûte plus cher au mois, mais elle vous couvre comme un salarié.

Mon opinion, que j'assume : pour un indépendant seul, sans projet de levée de fonds, qui se verse une rémunération modérée et veut garder du cash, l'EURL est souvent le meilleur calcul. Pour tout le reste, la SASU. Et si vous hésitez encore après avoir lu ce qui précède, faites une simulation sérieuse avec vos chiffres réels. Pas ceux d'un article. Les vôtres.

Chloé Fontaine

Chloé Fontaine

Journaliste spécialisée dans la création d’entreprise, la stratégie et la gestion, Chloé Fontaine couvre depuis plus de dix ans l’actualité des dirigeants et des TPE-PME. Ses reportages portent sur le développement commercial, le financement et les outils de pilotage, qu’elle analyse avec un regard pragmatique. Son travail s’appuie sur de nombreux entretiens avec des chefs d’entreprise et des experts du secteur.

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